Coupe du monde : des propos racistes d'une sénatrice paraguayenne contre Mbappé provoquent un tollé
Après la victoire de la France sur le Paraguay, la sénatrice Celeste Amarilla a tenu des propos racistes visant Kylian Mbappé. Le capitaine des Bleus, la FIFA et Emmanuel Macron ont réagi avec fermeté.

Illustration — Sport · Novakou24
La Coupe du monde 2026 restera aussi, malheureusement, comme le théâtre d'une polémique aussi grave qu'affligeante. Après l'élimination du Paraguay par la France, une sénatrice paraguayenne a tenu des propos racistes visant Kylian Mbappé, déclenchant une vague d'indignation internationale et des réactions au plus haut niveau, jusque dans les palais présidentiels et au sommet de la FIFA. En quelques heures, une sortie individuelle sur les réseaux sociaux s'est muée en affaire d'État, révélant à la fois la persistance du racisme dans le football et la capacité des institutions à réagir lorsque la ligne rouge est franchie.
Des propos indignes d'une élue
Le 6 juillet, à la suite de la victoire des Bleus, la sénatrice Celeste Amarilla a publié des propos racistes ciblant l'international français. Elle a notamment écrit que « cet idiot n'a même pas appris à écrire » et qu'« au lieu de boire le lait de sa mère, il a bu du lait de coco ». Des attaques immédiatement dénoncées pour leur caractère raciste et humiliant, et qui n'ont d'autre place, dans un compte rendu journalistique, que celle d'être citées entre guillemets pour être condamnées.
Ces mots, par leur brutalité, disent quelque chose de la manière dont le racisme s'exprime encore aujourd'hui : sous couvert de commentaire sportif, dans le sillage immédiat d'une défaite, avec la déshumanisation pour ressort. Réduire un joueur à une caricature, nier son intelligence, moquer ses origines : le procédé est ancien, mais il ne perd rien de sa violence pour être connu. Qu'il émane d'une responsable publique lui confère une gravité supplémentaire.
Quand la parole d'un élu engage plus que lui-même
Un mandat électif n'est pas un porte-voix comme un autre. L'élu incarne, aux yeux d'une partie de la population, une forme d'autorité morale et institutionnelle : sa parole porte plus loin, pèse davantage et, lorsqu'elle dérape, légitime des comportements qu'une société démocratique s'efforce précisément de combattre. C'est tout le paradoxe de cette affaire : des propos qui, tenus par un anonyme, auraient déjà été condamnables, prennent une dimension autrement plus lourde dès lors qu'ils sont formulés par une sénatrice.
La fonction d'élu s'accompagne d'un devoir d'exemplarité. Représenter, c'est aussi rassembler et incarner des valeurs communes. En choisissant l'invective raciste, un responsable politique tourne le dos à cette mission et expose l'institution qu'il sert à un discrédit dont elle n'est pas comptable. C'est précisément ce hiatus entre la fonction et le comportement que Kylian Mbappé a pointé dans sa réponse.
La réponse ferme de Mbappé
Le capitaine de l'équipe de France n'a pas tardé à réagir. Kylian Mbappé a qualifié la sénatrice de personne « méprisable » et « indigne de sa fonction ». Une réponse mesurée mais sans ambiguïté, saluée par de nombreux observateurs et soutiens du joueur.
Le choix des mots n'est pas anodin. En visant explicitement la « fonction », l'attaquant déplace le débat du terrain de l'insulte personnelle vers celui de la responsabilité publique. Il ne s'agit pas seulement de se défendre, mais de rappeler qu'une élue est comptable de ses propos devant ceux qu'elle représente. Fidèle à une ligne qu'il tient depuis des années, Mbappé oppose à l'agression la fermeté du verbe plutôt que la surenchère, une attitude qui a largement contribué à faire basculer l'opinion en sa faveur.
La FIFA et Emmanuel Macron montent au créneau
L'affaire a rapidement dépassé le cadre sportif. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a condamné ces propos sans équivoque. De son côté, le président Emmanuel Macron a exprimé son soutien à Kylian Mbappé et à l'équipe de France face aux attaques racistes visant le capitaine des Bleus. Un front uni pour dénoncer une dérive jugée intolérable.
La portée de ces prises de position ne doit pas être sous-estimée. Lorsque l'instance suprême du football mondial et un chef d'État s'expriment de concert, le message adressé dépasse de loin le cas particulier : il signifie que le racisme n'est pas une opinion parmi d'autres, mais une faute que les plus hautes autorités s'engagent à nommer et à sanctionner symboliquement. Pour un joueur ciblé, ce soutien au sommet a une valeur concrète : il rompt l'isolement dans lequel les victimes de discrimination se retrouvent trop souvent, et il rappelle que la responsabilité de la réponse ne repose pas sur leurs seules épaules.
Du côté de la FIFA, une condamnation publique s'inscrit dans une logique institutionnelle plus large. Depuis plusieurs années, les instances du football multiplient les dispositifs de lutte contre les discriminations : campagnes de sensibilisation, protocoles permettant d'interrompre une rencontre en cas d'incidents racistes dans les tribunes, sanctions sportives et financières, dispositifs de signalement. Ces outils, imparfaits mais réels, traduisent une prise de conscience : le football, sport le plus populaire de la planète, ne peut se contenter de déplorer le racisme, il doit l'affronter.
Une « lettre ouverte » qui relance la polémique
Loin d'apaiser la situation, la sénatrice a ensuite publié une « lettre ouverte » adressée à l'attaquant, dans laquelle elle lui demandait… de lui présenter des excuses. Elle y affirmait regretter d'avoir visé Mbappé avec « les mêmes insultes » que celles qu'elle dit avoir elle-même subies en tant que personne métisse, et indiquait avoir supprimé sa publication. Une sortie qui n'a fait qu'alimenter la controverse.
La construction de cette « lettre ouverte » a nourri l'incompréhension. En réclamant des excuses à celui qu'elle avait pris pour cible, l'élue inversait la charge, transformant l'auteur des propos en victime supposée. La reconnaissance d'un regret et la suppression de la publication, si elles marquent une forme de recul, n'ont pas suffi à éteindre la polémique, tant le geste initial et sa mise en scène ultérieure paraissaient en décalage avec l'émotion suscitée. L'épisode illustre combien la gestion d'une faute publique se joue autant dans la sincérité que dans la cohérence de la réponse apportée.
Le gouvernement paraguayen se désolidarise
Face à l'ampleur de la polémique, le gouvernement paraguayen a pris ses distances, dénonçant des propos « contraires aux valeurs et aux principes qui inspirent la coexistence pacifique et le respect de la dignité humaine ». Une manière de rappeler que les mots de la sénatrice n'engageaient qu'elle.
Cette désolidarisation officielle joue un double rôle. Elle protège l'image d'un pays qui refuse d'être associé à des propos racistes, et elle isole leur autrice en soulignant qu'ils ne reflètent en rien une position nationale. En invoquant la « dignité humaine », l'exécutif paraguayen replace le débat sur le terrain des principes universels, là où la sénatrice avait cherché à le ramener au registre de la rivalité sportive. C'est aussi, indirectement, un signe adressé à la communauté internationale : le respect dû à un adversaire ne s'arrête pas au coup de sifflet final.
Le racisme, plaie persistante du football
Au-delà du cas particulier, cette affaire rappelle que le racisme demeure un fléau récurrent dans le football, y compris au plus haut niveau et jusque dans l'enceinte d'institutions. Les stades, où se croisent des dizaines de milliers de personnes portées par la passion, restent l'un des lieux où les discriminations s'expriment le plus crûment, sur les gradins comme sur les réseaux sociaux, devenus une caisse de résonance des pires débordements.
Face à ce constat, la réponse ne peut être seulement répressive. Elle passe aussi par l'éducation, la pédagogie et la valorisation de figures qui, par leur parcours et leur attitude, incarnent l'exact opposé des préjugés. La solidarité manifestée autour de Kylian Mbappé — des coéquipiers aux dirigeants, des supporters aux responsables politiques — participe de ce mouvement : elle transforme une agression individuelle en occasion de réaffirmer collectivement une exigence de respect.
Les réactions rapides et unanimes — du joueur aux plus hautes autorités — témoignent d'une volonté de ne rien laisser passer. Elles rappellent qu'aucun statut, fût-il celui d'élu, ne met à l'abri de la condamnation lorsque la dignité d'autrui est bafouée. Sur le terrain, la France, elle, poursuit son parcours dans la compétition, forte d'un soutien qui aura, le temps d'une polémique, dépassé les frontières du sport.
Sources : Le Club des juristes, Euronews, Europe 1.
Photo d'illustration : Wikimedia Commons (licence Creative Commons).



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