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Les BRICS, vers un nouvel ordre économique mondial

Origines, élargissement et ambitions d'un bloc qui veut peser face aux puissances occidentales.

La rédaction8 juillet 20267 min de lecture1 vues
Les BRICS, vers un nouvel ordre économique mondial

Illustration — Monde · Novakou24

Nés d'un acronyme forgé par un économiste au début des années 2000, les BRICS se sont imposés en deux décennies comme l'une des expressions les plus commentées de la recomposition du monde. Ce qui n'était au départ qu'une catégorie financière destinée à désigner un groupe de grandes économies émergentes est devenu un forum politique, puis une plateforme diplomatique aux ambitions affichées. Réunissant à l'origine le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, le groupe s'est élargi depuis 2024 à de nouveaux membres et incarne, aux yeux de ses promoteurs, la volonté d'un monde moins dominé par un seul pôle. Retour sur les origines, les objectifs et les débats qui traversent cet ensemble hétérogène, ainsi que sur les enjeux qu'il soulève pour l'Afrique.

Aux origines d'un acronyme devenu réalité diplomatique

Le terme « BRIC » apparaît au tout début des années 2000, sous la plume d'un économiste qui cherchait à désigner les grands pays émergents appelés, selon lui, à peser lourdement dans l'économie mondiale des décennies suivantes. Il ne s'agissait alors que d'une commodité de langage, sans existence institutionnelle. Le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine partageaient certes des traits communs — vastes territoires, populations nombreuses, croissance soutenue — mais aucun projet politique ne les unissait formellement.

Le passage de la catégorie financière au format politique s'opère progressivement. Les premières réunions ministérielles puis les premiers sommets entre chefs d'État transforment l'étiquette en enceinte de dialogue. L'Afrique du Sud rejoint le groupe au tournant de la décennie suivante, ajoutant le « S » à l'acronyme et donnant naissance aux « BRICS ». Cette adhésion confère au forum une dimension continentale supplémentaire et illustre déjà la logique d'élargissement qui le caractérisera par la suite.

Des objectifs affichés : réformer la gouvernance mondiale

Au cœur du discours des BRICS figure une revendication récurrente : celle d'une meilleure représentation des pays émergents et en développement dans les grandes institutions internationales. Leurs dirigeants dénoncent régulièrement un ordre hérité de l'après-guerre, dont les instances de décision — qu'il s'agisse des grandes institutions financières ou du Conseil de sécurité — refléteraient insuffisamment le poids réel des économies non occidentales.

Cette aspiration à la réforme s'accompagne d'initiatives concrètes. Le groupe a notamment mis en place une banque de développement destinée à financer des projets d'infrastructure et de développement durable, ainsi que des mécanismes de coopération financière visant à renforcer la stabilité entre ses membres. Ces outils traduisent une même intention : disposer d'instruments propres, sans passer systématiquement par les canaux traditionnels.

L'ambition d'un ordre mondial multipolaire

Le fil conducteur des BRICS est la promotion d'un monde « multipolaire », c'est-à-dire structuré autour de plusieurs pôles de puissance plutôt que dominé par un seul. Cette grammaire diplomatique répond à une conviction partagée, malgré des sensibilités variées : la fin annoncée d'un ordre international centré sur l'Occident et l'émergence d'un système plus équilibré, où les grandes puissances émergentes disposeraient d'une voix à la mesure de leur poids démographique et économique.

Derrière la diversité des trajectoires et des régimes politiques, un dénominateur commun rassemble les membres : la conviction que l'architecture internationale actuelle ne reflète plus les équilibres du XXIe siècle et doit évoluer vers davantage de pluralisme.

Ce projet reste toutefois davantage une orientation qu'une doctrine unifiée. Les BRICS ne constituent ni une alliance militaire, ni un bloc doté d'institutions contraignantes comparables à celles d'autres organisations régionales. Leur cohésion repose sur des sommets réguliers, des déclarations communes et une convergence d'intérêts sur certains dossiers, plus que sur un cadre juridique intégré.

Un élargissement récent et prudent

La dynamique la plus marquante des dernières années tient à l'ouverture du groupe à de nouveaux membres. Depuis 2024, les BRICS se sont élargis à plusieurs pays, dont l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran et les Émirats arabes unis. Cet élargissement, longtemps discuté, marque une inflexion : d'un club restreint de grandes économies, le forum tend à devenir une coalition plus large, aux profils plus variés.

Cette expansion soulève des questions de gouvernance interne. Accueillir de nouveaux États suppose de définir des critères d'adhésion, d'articuler des intérêts parfois divergents et de préserver une capacité de décision commune. La composition exacte du groupe et les modalités de participation des uns et des autres demeurent d'ailleurs des sujets mouvants, sur lesquels la prudence s'impose. Ce qui est établi, en revanche, c'est la volonté affichée d'étendre l'influence du format au-delà de son noyau historique.

Un poids économique et démographique considérable

La force principale des BRICS réside dans leur masse. Ensemble, leurs membres représentent une part importante de la population mondiale et une fraction substantielle de la production économique globale. Cette réalité confère au groupe une légitimité que ses promoteurs ne manquent pas de rappeler : on ne saurait, selon eux, penser l'économie mondiale sans tenir compte de ces acteurs.

Plusieurs atouts nourrissent cette influence :

  • des ressources naturelles et énergétiques abondantes, réparties entre plusieurs membres ;
  • des marchés intérieurs vastes, portés par des populations nombreuses ;
  • des capacités industrielles et technologiques en développement rapide dans certains pays ;
  • une place croissante dans les échanges commerciaux internationaux ;
  • une volonté de renforcer la coopération financière et les investissements croisés.

Ces éléments ne doivent cependant pas masquer les écarts considérables entre les économies concernées. La taille, le niveau de développement et la structure des différents membres varient fortement, si bien que le « poids » des BRICS reste une addition de réalités très diverses plutôt qu'un ensemble homogène.

Des débats internes qui tempèrent l'unité

L'image d'un bloc uni mérite d'être nuancée. Les membres des BRICS entretiennent entre eux des relations complexes, parfois marquées par des rivalités anciennes. Des différends frontaliers, des concurrences régionales et des visions divergentes de l'ordre international coexistent au sein du groupe. Certains États s'y investissent avec l'ambition d'en faire un contrepoids affirmé, tandis que d'autres privilégient une approche plus mesurée, soucieux de préserver leurs relations avec l'ensemble des grandes puissances.

La question de la monnaie illustre bien ces tensions. L'idée de réduire la dépendance à l'égard des devises dominantes dans les échanges internationaux revient régulièrement dans les déclarations. Mais la mise en œuvre concrète d'alternatives se heurte à des obstacles techniques, économiques et politiques considérables, ainsi qu'à la diversité des intérêts nationaux. Là encore, la prudence s'impose : les intentions affichées ne préjugent pas des réalisations effectives, souvent plus lentes et plus limitées que les discours ne le laissent entendre.

Quels enjeux pour l'Afrique ?

Pour le continent africain, les BRICS représentent à la fois une opportunité et un objet de vigilance. La présence de l'Afrique du Sud parmi les membres fondateurs, puis l'arrivée de nouveaux États africains, témoignent d'un intérêt réciproque. Nombre de pays africains voient dans ce format une possibilité de diversifier leurs partenariats, d'accéder à de nouvelles sources de financement pour leurs infrastructures et de faire entendre leurs revendications en faveur d'une gouvernance mondiale plus équilibrée.

Cette perspective appelle toutefois des questions de fond. La diversification des partenaires ne dispense pas d'évaluer les conditions concrètes des coopérations proposées : nature des financements, retombées locales, soutenabilité des projets et préservation des marges de manœuvre nationales. L'enjeu, pour les États africains, consiste à tirer parti de ces relations sans se placer dans de nouvelles formes de dépendance. La montée en puissance des BRICS ouvre ainsi un espace de négociation, à condition que les intérêts propres du continent y soient clairement défendus.

Un projet en construction, aux contours mouvants

Au terme de ce panorama, les BRICS apparaissent moins comme un bloc constitué que comme un projet en cours d'élaboration. Le groupe traduit une aspiration réelle et partagée à un rééquilibrage des rapports de force internationaux, portée par des économies dont le poids ne cesse de croître. Mais son hétérogénéité, ses débats internes et le caractère encore récent de son élargissement invitent à la mesure dans l'appréciation de sa portée.

Ce qui est certain, c'est que les BRICS occupent désormais une place durable dans le vocabulaire des relations internationales et dans les réflexions sur l'avenir de la gouvernance mondiale. Leur trajectoire future — capacité à intégrer de nouveaux membres, à surmonter les divergences et à transformer les ambitions en réalisations concrètes — déterminera s'ils demeurent une enceinte de dialogue parmi d'autres ou s'ils deviennent l'un des piliers structurants du monde multipolaire qu'ils appellent de leurs vœux.

Sources : contexte général.

Photo d'illustration : Wikimedia Commons (licence Creative Commons).

#BRICS#Économie mondiale#Géopolitique
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