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Numérique : le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire accélèrent

Fibre optique, identité numérique, intelligence artificielle, startups : le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire multiplient les chantiers pour faire du numérique un moteur de développement. Tour d'horizon de leurs avancées.

La rédaction8 juillet 20268 min de lecture1 vues
Numérique : le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire accélèrent

Illustration — Afrique · Novakou24

En Afrique de l'Ouest, la transformation numérique n'est plus un discours mais une politique publique chiffrée et pilotée. Longtemps réduit à des effets d'annonce, le sujet s'inscrit désormais dans des stratégies nationales dotées d'échéances, de budgets et d'indicateurs de résultats. Le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire en offrent deux illustrations concrètes, avec des feuilles de route, des enveloppes financières et des réalisations mesurables. Deux pays voisins, deux méthodes, mais une même conviction : à l'heure où le mobile, la donnée et l'intelligence artificielle redéfinissent les économies mondiales, rester spectateur reviendrait à creuser un retard difficile à combler. Comparatif de deux trajectoires.

Pourquoi le numérique est devenu une priorité régionale

Pour comprendre l'accélération en cours, il faut la replacer dans son contexte ouest-africain. La région compte parmi les populations les plus jeunes du monde, avec une croissance rapide du taux de pénétration du téléphone mobile et de l'accès à Internet. Cette jeunesse connectée constitue à la fois un marché et un vivier de talents. Dans le même temps, les États cherchent à moderniser leurs services publics, à élargir l'assiette fiscale, à améliorer l'accès aux soins et à l'éducation, et à créer des emplois qualifiés. Le numérique apparaît comme un levier transversal capable de répondre à ces défis à la fois.

Concrètement, ces politiques touchent le quotidien : un agriculteur qui consulte les prix du marché sur son téléphone avant de vendre sa récolte, une commerçante qui encaisse par mobile money plutôt qu'en espèces, un patient d'une zone rurale qui accède à une téléconsultation, ou encore un citoyen qui obtient un acte administratif en ligne sans se déplacer. C'est cette dimension pratique, souvent invisible dans les grands discours, qui donne tout son sens aux investissements engagés par Ouagadougou et Abidjan.

Le Burkina Faso mise gros sur les infrastructures

Le Burkina Faso s'appuie sur sa Stratégie nationale de développement de l'économie numérique (2018-2027). Pour 2026, le ministère de la Transition numérique s'est vu allouer un budget d'environ 61 milliards de francs CFA (près de 109 millions de dollars) consacré au numérique.

Ce choix budgétaire traduit une conviction : sans réseaux solides, aucun service en ligne ne peut fonctionner durablement. Les infrastructures constituent la fondation invisible sur laquelle reposent l'administration électronique, l'éducation à distance, la santé connectée ou le commerce en ligne. Investir dans la fibre et les centres de données, c'est donc préparer le terrain pour tous les usages à venir.

Les résultats sont au rendez-vous : le ministère annonce avoir atteint plus de 91 % de ses objectifs pour 2025. Parmi les réalisations, l'extension du réseau national de fibre optique à plus de 11 000 kilomètres et la connexion de dizaines de bâtiments publics. Pour 2026, le pays vise l'identification électronique unique des citoyens, le déploiement de nouveaux kilomètres de fibre, la couverture de centaines de « zones blanches » et la mise en place de mini-centres de données.

Ce que ces chantiers changent au quotidien

Derrière ces termes techniques se cachent des transformations très concrètes. La fibre optique multiplie les débits et la fiabilité de la connexion : elle permet à une école ou à un hôpital de fonctionner avec des outils numériques, à une entreprise locale de travailler avec des clients à l'étranger, ou à une administration de dématérialiser ses démarches. La couverture des « zones blanches », ces territoires encore privés de réseau, vise à réduire la fracture entre les villes et les campagnes, afin qu'un habitant du monde rural ne soit pas exclu des services numériques.

L'identification électronique unique est peut-être la brique la plus structurante. En dotant chaque citoyen d'une identité numérique fiable, l'État se donne les moyens de simplifier l'accès aux services publics, de sécuriser les paiements sociaux, de lutter contre la fraude et d'inclure financièrement des personnes jusqu'ici sans papiers ni compte bancaire. Quant aux mini-centres de données, ils répondent à un enjeu de souveraineté : héberger localement les données sensibles plutôt que de dépendre entièrement de serveurs situés à l'étranger.

Un écosystème de startups qui s'organise

Côté innovation, le Burkina Faso peut compter sur des incubateurs pionniers comme Yam Pukri — l'un des premiers du pays —, Burkina Technologies, l'Orange Digital Center ou encore Jokkolabs Ouagadougou. En octobre 2025, la première foire virtuelle de solutions numériques, Faso Digital, a mis en lumière les jeunes pousses locales. Le pays a par ailleurs validé une feuille de route dédiée à l'intelligence artificielle pour la période 2026-2030.

Ces incubateurs jouent un rôle décisif : ils accompagnent les jeunes entrepreneurs, offrent un espace de travail, un mentorat, un accès au financement et une mise en réseau. C'est souvent là que naissent les solutions les mieux adaptées aux réalités locales, parce qu'elles sont conçues par des Burkinabè qui connaissent les besoins du terrain. En se dotant d'une feuille de route sur l'intelligence artificielle, le pays signale par ailleurs qu'il ne veut pas se limiter aux infrastructures, mais accompagner aussi la montée en compétences dans les technologies les plus avancées.

La Côte d'Ivoire vise le rang de leader régional

La Côte d'Ivoire, elle, affiche une ambition claire : se hisser parmi les leaders africains de l'IA. Le pays a présenté en 2025 sa Stratégie nationale de l'intelligence artificielle et de la gouvernance des données, soutenue par 80 millions de dollars de la Banque africaine de développement, et articulée autour de l'investissement, de l'inclusion et de la gouvernance.

Ces trois piliers dessinent une approche équilibrée. L'investissement vise à financer les infrastructures, la recherche et les entreprises innovantes. L'inclusion cherche à ce que les bénéfices de l'IA profitent au plus grand nombre, et non à une élite urbaine, en tenant compte des langues, des usages et des inégalités locales. La gouvernance des données, enfin, pose la question des règles : comment protéger la vie privée, encadrer l'usage des algorithmes et garantir que les données des citoyens ivoiriens soient traitées de manière responsable. Cette attention portée au cadre juridique distingue l'approche ivoirienne et répond à un enjeu majeur de confiance.

Pour accélérer, Abidjan a noué des partenariats stratégiques, notamment avec l'entreprise européenne Mistral AI — pour développer des solutions adaptées aux réalités africaines — et avec l'école française Aivancity, afin de renforcer la formation des talents ivoiriens. Un projet de « Hub IA » vise à positionner le pays comme un acteur incontournable de l'Afrique de l'Ouest.

Ces alliances illustrent une stratégie d'ouverture : plutôt que de tout construire seul, le pays s'appuie sur des acteurs internationaux reconnus pour gagner du temps, transférer des compétences et former une nouvelle génération d'ingénieurs et de spécialistes des données. Le pari est que ces partenariats accélèrent l'émergence d'un savoir-faire local, appelé à devenir autonome.

Les startups en vitrine

La Côte d'Ivoire mise aussi sur ses jeunes entreprises : une trentaine de startups et PME devaient être accompagnées au salon VivaTech, à Paris, en 2026. Elles couvrent des secteurs à fort potentiel : intelligence artificielle, blockchain, Internet des objets, fintech, agritech et santé numérique.

Ces domaines ne relèvent pas de l'abstraction. La fintech facilite les paiements, l'épargne et le crédit pour des millions de personnes exclues du système bancaire classique. L'agritech aide les producteurs à mieux prévoir, cultiver et vendre, dans une région où l'agriculture demeure un pilier de l'économie. La santé numérique rapproche le soin des populations éloignées grâce à la téléconsultation et au suivi à distance. L'Internet des objets permet de connecter capteurs et équipements, tandis que la blockchain ouvre des pistes pour sécuriser les transactions et tracer les produits. Emmener ces jeunes pousses à VivaTech, l'un des plus grands salons technologiques d'Europe, c'est leur offrir une vitrine internationale, des contacts et des occasions de lever des fonds.

Deux approches, un même cap

Là où le Burkina Faso met l'accent sur les infrastructures de base et la souveraineté, la Côte d'Ivoire joue la carte des partenariats internationaux et du positionnement régional. Deux stratégies différentes, mais complémentaires dans leur logique : l'une bâtit les fondations physiques et la maîtrise de ses réseaux, l'autre parie sur l'ouverture, la formation et le rayonnement pour se placer en tête de la course à l'intelligence artificielle.

Ces choix ne sont pas exclusifs l'un de l'autre. Sans infrastructures solides, les ambitions en matière d'IA restent théoriques ; sans compétences ni partenariats, les réseaux les plus modernes demeurent sous-exploités. À terme, les deux pays pourraient donc converger, chacun renforçant le pilier qu'il a d'abord négligé. Des défis communs subsistent : financer ces politiques dans la durée, former assez de talents pour éviter la fuite des cerveaux, sécuriser les données et garantir que les zones rurales ne restent pas à la traîne.

Une conviction, en tout cas, est partagée : le numérique et l'intelligence artificielle sont des leviers décisifs de développement. Et au-delà de ces deux pays, c'est toute l'Afrique de l'Ouest qui avance, portée par une jeunesse connectée et des États qui ont décidé de faire de la technologie une affaire d'État. La prochaine étape se jouera dans la capacité à transformer ces stratégies en résultats tangibles pour les citoyens, condition indispensable pour que la révolution numérique tienne ses promesses.

Sources : Agence Ecofin, We Are Tech Africa, TechAfrica News, Lefaso.net, Financial Afrik, Primature de Côte d'Ivoire.

Photo d'illustration : Wikimedia Commons (licence Creative Commons).

#Afrique#Burkina Faso#Côte d'Ivoire#Tech#Numérique
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